Relativisme Culturel..

Michel de Montaigne (humaniste du XVI°)
Michel Eyquem nait en 1533 à Montaigne.C’est un penseur éclectique qui vit pendant les guerres de religion entre Catholiques et Protestants, un temps de passage entre l’Humanisme et la Renaissance. Le motif qui incite Montaigne à abandonner à trente-huit ans la vie publique pour se consacrer à l’étude et à la réflexion, bien qu’il continue a participer aux missions militaires et diplomatiques en pleines guerres de religion, et sans aucune doute dû à sa rencontre avec Etienne de la Boétie, à la recherche d’une réponse à ses doutes.
La formation culturelle de cet écrivain dérive d’une éducation moderne, sur l’orientation pédagogique typique des humanistes. Dans la philosophie il embrasse le stoïcisme, le scepticisme, et l’épicurisme jusqu’à parvenir à travers ses réflexions et méditations dans son oeuvre, la plus importante les Essais (parus en 1580), à une philosophie personnelle composée par plusieurs doctrines, qui forme la synthèse des valeurs fortement humanistes. Dans sa vie Michel à l’occasion de séjourner en Allemagne, Suisse et Italie, pays qui le passionne au point d’ ”essayer” d’écrire en italien une partie de son Journal de voyage. Il meurt en 1592.

La pensée
La quête de trouver des réponses à ses inquiétudes, de rechercher lui-même s’expriment dans les Essais, oeuvre qui se compose de trois livres publiés entièrement en 1588, même si nous avons une édition posthume avec ses additions manuscrites, restées inédites (1595). Le caractère général de ces écrits est emprunté à ses expériences, plus une tentative de construire un système de philosophie en dépistant les expériences exprimées dans les écrits des auteurs antiques et modernes, en mettant ceux-ci à l’épreuve et en les comparant aux siennes: il obtient ainsi un procédé autobiographique, avec lequel il parvient – en racontant soi-même, sinon tout l’homme,- à la connaissance de la nature humaine. Donc les Essais sont dominés par le souci d’étudier l’homme à travers tous les siècles de l’histoire et nous en permettent ici de découvrir l’esprit critique de Montaigne à travers les témoignages des écrits. La pensée que la connaissance de l’homme soit incertaine bien que limitée, porte aussi au développement commencé par les sophistes: le relativisme culturel.

Le relativisme culturel
Grâce aux grandes découvertes, Montaigne prend conscience de l’existence d’autres civilisations : sa curiosité de découvrir les autres cultures, avec leurs moeurs, et habitudes, l’amène à réfléchir sur les disparités des valeurs qui président aux différentes cultures et civilités humaines. Comme nous savons, dans toutes les cultures il y a des préjugés, selon lui il faut les surmonter, parce qu’il ’existe pas une vérité absolue, ou supérieure : dans chaque culture, génération ou période il y a sa vérité et il ne faut pas s’imposer.

«En fait, parce que nous les absorbons avec notre lait à la naissance, et que le monde se présente à nous sous cet aspect la première fois que nous le voyons, il semble que nous soyons faits pour voir les choses comme cela. Et les opinions courantes que nous trouvons en vigueur autour de nous, infusées en notre esprit par la semence de nos pères, nous semblent de ce fait naturelles et universelles.»

Le relativisme culturel donc, énonce que les normes, modèles culturels, de même que les règles morales, diffèrent d’une culture ou d’une société à l’autre.
Le devoir dans lequel Montaigne s’engage, est réfléchir à contre-courant des idées dominantes, en critiquant ensuite l’attitude commune à tous les hommes (« nous », l.5), qui est celle de juger l’autre par rapport à sa propre culture que l’on considère toujours comme la meilleure :

« Pour revenir à mon propos, et selon ce qu’on m’en a rapporté, je trouve qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage dans ce peuple, sinon que chacun appelle barbarie ce qui ne fait pas partie de ses usages. Car il est vrai que nous n’avons pas d’autres critères pour la vérité et la raison que les exemples que nous observons et les idées et les usages qui ont cours dans le pays où nous vivons. C’est là que se trouve, pensons-nous, la religion parfaite, le gouvernement parfait, l’usage parfait et incomparable pour toutes choses. Les gens de ce peuple sont « sauvages » de la même façon que nous appelons « sauvages » les fruits que la nature produit d’elle-même communément, alors qu’en fait ce sont plutôt ceux que nous avons altérés par nos artifices, que nous avons détournés de leur comportement ordinaire, que nous devrions appeler « sauvages ». Les premiers recèlent, vivantes et vigoureuses, les propriétés et les vertus vraies, utiles et naturelles, que nous avons abâtardies dans les autres, en les accommodant pour le plaisir de notre goût corrompu. Et si pourtant la saveur même et la délicatesse se trouve à notre gout même excellente à l’envi des nôtres grande et puissante mère nature. Nous avons tant rechargé la beauté et la richesse de ses ouvrages pour nos inventions, que nous l’avons de tout estouffé. Si est-ce que par tout où sa pureté reluit, elle fait une merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises.[…]
Ces peuples me semblent donc « barbares » parce qu’ils ont été fort peu façonnés par l’esprit humain, et qu’ils sont demeurés très proches de leur état originel. Ce sont encore les lois naturelles qui les gouvernent, fort peu abâtardies par les nôtres.  »

*Extrait 1.
Montaigne, Essais, I, 30 (« Sur les Cannibales »). Réflexion qui se base sur le récit d’une expédition d’un voyageur au Brésil (1557-1562), qui a passé douze ans au “Nouveau Monde”, et se trouve à Rouen lorsque débarquent trois “sauvages”.

La culture, la civilisation et la nature

Le problème principal selon Montaigne est à la base de la culture, qui corrompt l’homme en l’éloignant de la « loi naturelle », parce que la culture est le facteur qui caractérise la seconde nature de l’homme, et qui le peut rendre “sauvage”:

« Il est crédible qu’il y a des lois naturelles […]; mais en nous elles sont perdues […] Une nation regarde un sujet par un visage […]; l’autre par un autre ».

La première nature :

«Les lois de la conscience, dont nous disons qu’elles naissent de la nature, naissent de la tradition: chacun vénère intérieurement les opinions et les mœurs reçues et acceptées autour de lui, et il ne peut s’en détacher sans remords, ni s’y appliquer sans les approuver. […].»

Extrait 2. Montaigne, Essais, I, 22 (« Sur les habitudes, et le fait qu’on ne change pas facilement une loi reçue »)

Les sauvages et leur moeurs

“Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie.”

Sauvage est seulement un adjectif, que l’homme utilise trop souvent, alors qu’on doit l’attribuer seulement à la nature et aux actions : les vrais sauvages, sommes nous qui faisons “nos artifices” de la nature et des hommes sauvages et libres que nous détournons de leur comportement ordinaire.

Un aspect considérable est vécu à l’époque de Montaigne, qui s’insurge avant tout contre les cruautés des guerres de religion : il dénonce la barbarie de ses contemporains et les préjugés des européens contre les sociétés amérindiennes, comparativement à d’autres cultures, qui n’ont pas atteint un tel niveau d’horreur en leur sein. Montesquieu plus tard, ira plus loin que Montaigne, notamment avec les Lettres persanes.

« Ils ont leurs guerres contre les nations qui sont au-delà de leurs montagnes, plus avant en la terre ferme, auxquelles ils vont tout nus, n’ayant d’autres armes que des arcs ou des épées de bois.. C’est chose émerveillable que de la fermeté de leurs combats, qui ne finissent jamais que par meurtre et effusion de sang ; car, de déroutes et d’effroi, ils ne savent ce que c’est. Chacun rapporte pour son trophée la tête de l’ennemi qu’il a tué, et l’attache à l’entrée de son logis. Après avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître, fait une grande assemblée de ses connaissants ; il attache une corde à l’un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient éloigné de quelques pas, de peur d’en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l’autre bras à tenir de même ; et eux deux, en présence de toute l’assemblée, l’assomment à coups d’épée. Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n’est pas, comme on pense, pour s’en nourrir,c’est pour représenter une extrême vengeance..Ceux-ci laissent à leurs héritiers en commun cette possession de biens par indivis, sans autre titre que celui tout pur que nature donne à ses créatures, les produisant au monde. Ils ne demandent à leurs prisonniers autre rançon que la confession et reconnaissance d’être vaincus.. Je pense qu’il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu’à le manger mort, à déchirer par tourments et par gênes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l’avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entré des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé…Trois d’entre eux, ignorant combien coûtera un jour à leur repos et à leur bonheur la connaissance des corruptions de deçà, et que de ce commerce naîtra leur ruine.. furent à Rouen, du temps que le feu roi Charles neuvième y était. Le Roi parla à eux longtemps ; on leur fit voir notre façon, notre pompe, la forme d’une belle ville. Après cela, quelqu’un en demanda leur avis, et voulut savoir d’eux ce qu’ils y avaient trouvé de plus admirable ; ils répondirent trois choses, d’où j’ai perdu la troisième, et en suis bien marri ; mais j’en ai encore deux en mémoire. ⓵ Ils dirent qu’ils trouvaient en premier lieu fort étrange que tant de grands hommes, portant barbe, forts et armés, qui étaient autour du Roi l’il est vraisemblable qu’ils parlaient des Suisses de sa garde), se soumissent à obéir à un enfant, et qu’on ne choisisse plutôt quelqu’un d’entre eux pour commander ; ⓶ secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu’ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu’ils avaient aperçu qu’il y avait parmi nous des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté ; et trouvaient étrange comme ces moitiés ci nécessiteuses pouvaient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons. »

*Extrait 3.

Si nous considérons la différence entre les “sauvages” et les européens, nous pouvons dire que les premiers commettent des actions appelées “sauvages”, mais avec dignité selon leurs moeurs. Ils ne sont pas égoïstes, parce qu’ils n’ont pas la propriété privée, et principalement dans leur société il y a le bonheur commun, l’aise et la paix. En conclusion, dans chaque peuple à nous étrangères apparaissent comme des sauvages devant les autres populations, pour avoir corrompu les vertus de la nature.

A’ la base de chaque civilisation il y a des préjugés : la pensée que notre culture soit la meilleur au monde, la peur des nouvelles civilisations qui peuvent bouleverser notre modèle idéal de civilisation, la difficile reconnaissance de l’existence des autres moeurs et peules différents de nous, mais surtout la peur du sauvage, le mythe du bon sauvage, qui doit être rendu esclave. Donc à l’homme manque cet esprit ouvert, capable d’accepter différentes réalités, sans s’imposer avec force sur les autres peuples, même s’il considère le Nouveau Monde comme un monde au stade primitif de l’humanité: un miroir de la même lointaine histoire d’Europe, et pas simplement comme un autre monde, ce monde qui vit ses derniers jours, avant d’être envahi et détruit par les Espagnols et les Anglais. (Lévi-Strauss, Tristes tropiques). Mais le mythe du bon sauvage, est seulement une fausse illusion :

«Moins qu’un sauvage, l’Ingénu représente l’homme épargné par le préjugés qui s’accomplit dans l’éducation propre aux philosophes des Lumières. Le bon sauvage en quelque sorte, est celui qui n’en est plus vraiment un, qui n’est plus ingénu, mais qui est éclairé par les idées des Lumières.»

L’esclavage une thématique dans la littérature
Le relativisme culturel a des racines profondes qui naissent déjà de la première croisade 1096, avec la conquête de Jérusalem. Dans la littérature nous pouvons prendre en considération comme exemple plus évident, l’oeuvre comédie- romance La Tempête (1611) de Shakespeare. L’histoire conte de Prospère ex duc de Milano et magicien, qui accoste avec sa fille Miranda sur l’ile de Syrocax, du roi Caliban (nom qui dérive de l’anagramme “cannibale”), qui ouvert confie tous les secrets de son ile en apprenant la culture européenne mais sans renoncer à ses instincts : Prospère représente le colon qui prend possession du territoire de l’ile, en réduisant esclave le peuple de Caliban. Le but du personnage principal montre le point de vue de l’européen, qui voit les habitants étrangers, comme des sauvages à éduquer: en effet le magicien cherche à l’éduquer avec sa fille, mais ils ne réussissent pas, et l’esclavage est la seul façon qui reste.

Le voyage, école de vie, attitude de Montaigne: il faut découvrir, et s’adapter à la diversité
«Et je ne sache point meilleure école, comme j’ai dit souvent, à façonner la vie, que de lui proposer incessamment la diversité de tant d’autres vies, fantaisies, et usances : et lui faire goûter une si perpétuelle variété de formes de notre nature. La diversité des façons d’une nation à l’autre, ne me touche que par le plaisir de la variété. Chaque usage a sa raison. Soient des assiettes d’étain, de bois, de terre : bouilli ou rôti ; beurre, ou huile, de noix ou d’olive, chaud ou froid, tout m’est un. Et si un que, vieillissant, j’accuse cette généreuse faculté : et aurais besoin que la délicatesse et le choix, arrêtât l’indiscrétion de mon appétit, et parfois soulageât mon estomac. Quand j’ay été ailleurs qu’en France : et que, pour me faire courtoisie, on m’a demandé, si je voulais être servi à la Françoise, je m’en suis moqué, et me suis toujours jeté aux tables les plus épaisses d’étrangers.» De la vanité, Essais III.

Attitude négative des hommes.
«J’ay honte de voir nos hommes, enivré de cette sotte humeur, de s’effaroucher des formes contraires aux leurs. Il leur semble être hors de leur élément, quand ils sont hors de leur village. Où qu’ils aillent, ils se tiennent à leurs façons, et abominent les étrangères. Pourquoi non barbares, puis qu’elles ne sont françaises ? Encore sont ce les plus habiles, qui les ont reconnues, pour en médire : La plupart ne prennent l’aller que pour le venir. Ils voyagent couverts et resserrés, d’une prudence taciturne et incommunicable, se défendant de la contagion d’un air inconnu. De nos jeunes courtisans. Ils ne tiennent qu’aux hommes de leur sorte : nous regardent comme gens de l’autre monde, avec dédain, ou pitié.» De la vanité, Essais III.

Pour résumer:
Michel de Montaigne dans ses Essais soutient que devant les moeurs des autres populations du Nouveau Monde, ainsi différentes des européens, il a été nécessaire valoriser sa relativité de concept de sauvagerie, qui est toujours fondé sur les moeurs de qui observe, engagés comme paramètre des jugements absolus.

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