Dolce, Suite française de Irène Némirovsky quotes, les meilleures phrases

“Tandis que cette musique, ce bruit de la pluie sur les vitres, ces grands craquements funèbres du cèdre dans le jardin d’en face, cette heure si douce, si étrange au milieu de la guerre, ça, ça ne bougera plus… C’est éternel… »” “– Madame, après la guerre, je reviendrai. Permettez-moi de revenir. Tous nos démêlés entre France et Allemagne seront vieux… oubliés… au moins pour quinze ans. Je sonnerai un soir à la porte. Vous m’ouvrirez et vous ne me reconnaîtrez pas, car je serai en vêtements civils. Alors, je dirai : mais je suis… l’officier allemand… vous rappelez-vous ? C’est la paix maintenant, le bonheur, la liberté. Je vous enlève. Tenez, nous partons ensemble. Je vous ferai visiter beaucoup de pays. Moi, je serai un compositeur célèbre, naturellement, vous serez aussi jolie que maintenant…” “– Qui sait où ils seront ? et nous-mêmes ? Mais, madame, c’est très sérieux. Je reviendrai. “– Madame, avez-vous entendu parler de ces cyclones qui soufflent dans les mers du Sud ? Ils forment (si j’ai bien compris mes lectures) une sorte de cercle dont les bords sont faits de tempêtes et dont le centre est immobile, si bien qu’un oiseau ou un papillon qui se trouverait au cœur de l’orage n’en souffrirait pas ; ses ailes ne seraient même pas froissées, tandis que les pires ravages se déchaîneraient autour de lui. Regardez cette maison !” “Il était impossible de céder à la tentation. On ne chercherait plus Paris, Londres, Berlin, Boston sur ce cadran obscur. On n’entendrait plus ces voix maudites, invisibles, funèbres, parler de navires coulés, d’avions brûlés, de villes détruites, dénombrer les morts, annoncer les futurs massacres… Bienheureux oubli… Jusqu’au soir, rien, des heures lentes, une présence humaine, un vin léger et parfumé, de la musique, de longs silences, le bonheur…” “Cette amitié entre elle et l’Allemand, ce secret dérobé, un monde caché au sein de la maison hostile, que c’était doux, mon Dieu ! Elle se sentait alors un être humain, fier et libre. Elle ne permettait pas à autrui d’empiéter sur ce qui était son domaine propre. « Personne ! Ça ne regarde personne ! Qu’ils se battent, qu’ils se haïssent ! Que son père et le mien se soient battus autrefois ! Qu’il ait fait de sa main mon mari prisonnier (idée qui obsède ma malheureuse belle-mère) ! Qu’est-ce que ça fait ? Lui et moi, nous sommes amis. » Amis ?Elle traversait le vestibule sombre ; elle s’approcha de la glace posée sur la commode, une glace dans un cadre de bois noir ; elle regarda ses yeux sombres et sa bouche tremblante ; elle sourit. « Amis ? Il m’aime »,” “La contemplation de son image dans la glace la fascinait ; elle lui plaisait et lui faisait peur.” “Pas un aveu, pas un baiser, le silence… puis des conversations fiévreuses et passionnées où ils parlaient de leurs pays respectifs, de leurs familles, de musique, de livres… L’étrange bonheur qu’ils éprouvaient… cette hâte à découvrir leur cœur l’un à l’autre… une hâte d’amant qui est déjà un don, le premier, le don de l’âme avant celui du corps.” “Tout valait mieux que la musique, car la musique seule abolit entre deux êtres les différences de langage ou de mœurs et touche en eux quelque chose d’indestructible.” “Elle sourit, haussa légèrement les épaules ; elle savait que ce n’était ni de la timidité ni de la froideur, mais cette profonde et âpre patience allemande qui ressemble à celle du fauve, qui attend son heure, qui attend que la proie fascinée se laisse prendre d’elle-même.” “Puis l’attente de nouveau, brûlante, étrange…” “Mais ce que les Français n’auraient pu comprendre, c’est qu’il n’était pas orgueilleux ni arrogant, mais sincèrement humble, effrayé de la grandeur de sa tâche.” “Ce qui les faisait ennemis, ce n’était ni la raison ni le cœur mais ces mouvements obscurs du sang sur lesquels ils avaient compté pour les unir, sur lesquels ils n’avaient pas de pouvoir.” “Un jour on se reverrait. On garderait toujours un bon souvenir des semaines passées côte à côte. Plus d’un soldat murmura dans l’ombre à une jeune fille pensive : « Après la guerre je reviendrai. » Après la guerre…” “On sait bien que l’être humain est complexe, multiple, divisé, à surprises, mais il faut un temps de guerre ou de grands bouleversements pour le voir. C’est le plus passionnant et le plus terrible spectacle, songea-t-elle encore ; le plus terrible parce qu’il est plus vrai ; on ne peut se flatter de connaître la mer sans l’avoir vue dans la tempête comme dans le calme. Celui-là seul connaît les hommes et les femmes qui les a observés en un temps comme celui-ci, pensa-t-elle. Celui-là seul se connaît lui-même.” “Il se découvrit (son dernier geste de civil, peut-être, pensa Lucile avec un sentiment tendre et douloureux), lui prit les deux mains. Avant de les baiser, il appuya un instant sur elles sa joue, d’un mouvement doux et impérieux à la fois, une prise de possession ?” “– Adieu, lui dit-il, adieu. Jamais je ne vous oublierai. Elle ne répondait rien. En la regardant, il vit qu’elle avait les yeux pleins de larmes. Il détourna la tête. En cet instant elle n’avait pas honte de l’aimer, parce que son désir était mort et qu’elle éprouvait seulement pour lui de la pitié et une profonde, presque maternelle tendresse. Elle s’efforça de sourire. – je vous prie, en souvenir de moi, de ménager autant que possible votre vie. – Parce qu’elle a du prix pour vous ? demanda-t-il avec anxiété. – Oui. Parce qu’elle a du prix pour moi. Lentement, ils se serrèrent la main.”

Estratto di: Némirovsky, Irène. “Suite française.” Editions Gallimard, 2013.

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